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Adolescence, sexualité et dépression |
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par Catherine Marjollet - Psychothérapeute sophia-analyste - 06 12 32 94 54
Aborder les questions de l'adolescence, de la sexualité et de l'homophobie en particulier peut provenir de plusieurs champs : le mien est celui de la psychologie et de la psychanalyse. Cette approche n'est pas exclusive mais complémentaire des autres approches : elle avance une causalité psychique à côté de la causalité sociologique, un regard intérieur à côté d'un regard extérieur, un monde interne à côté d'une réalité externe.
Elle se réfère à l'approche individuelle et surtout personnelle de la question prenant en compte l'histoire et les dynamiques psychiques de la personne ; elle se réfère aussi au fonctionnement de l'appareil psychique tel défini par Freud notamment avec les instances de la première topique (rendre conscient ce qui est inconscient) et celles de la seconde topique (choisir de devenir un sujet créatif de sa vie et assumer un Moi confiant, indépendant et adulte).
La problématique abordée ici est celle de l'homophobie et non celle de l'homosexualité sous-tendant l'idée qu'il n'existe pas de bipolarité sexuelle entre homosexualité et hétérosexualité mais un champ de possibles sexuels englobant l'homosexualité, l'hétérosexualité, la bisexualité, la polysexualité...
Le propos n'est pas de justifier ou d'expliquer l'homosexualité, le propos est de comprendre les souffrances et leurs conséquences liées à l'homophobie. C'est donc se référer non pas à une norme, loin s'en faut, mais c'est introduire un discours sur la diversité des expériences humaines et non sur la différence.
La sexualité est un champ de possibles certes, mais aussi un lieu de créativité tellement intime qu'elle est difficilement parlée et ce n'est pas le moindre des écueils dans notre approche.
La question de l'adolescence est celle du narcissisme : qui suis-je ? Qu'est-ce que je ressens ? Qu'est-ce que je pense ? Où et quand dois-je être ? Qui vais-je devenir ? ...
Je parle des difficultés narcissiques de l'adolescent en devenir parce que c'est le thème de la journée mais les choix homosexuels peuvent être tout à fait bien vécus à l'adolescence, permettant aussi de se construire des assises narcissiques solides et épanouissantes. De même, l'orientation sexuelle peut tâtonner, il ne faut pas se hâter de la fixer. Dans la destinée humaine, il y a peu de déterminismes, le propre de l'humain est de pouvoir choisir et de remettre ses choix en question.
De la même manière, les souffrances ressenties à l'occasion de la découverte de sa sexualité peuvent donner lieu à des réparations narcissiques inattendues et permettre des potentialités insoupçonnées, je fais référence au concept de résilience cf B. Cyrulnick, et l'histoire du vilain petit canard. Dans les destins humains, les blessures internes psychiques peuvent générer de la créativité ou de la destructivité. La résilience renvoie aux phénomènes de créativité issus des traumatismes existentiels subis et des blessures narcissiques ressenties.
L'adolescence débute par une révolution biologique et corporelle de la transformation du corps d'enfant en corps d'adulte : c'est la puberté. Cet embrasement hormonal va déterminer des modifications extrêmement sensibles au niveau du corps en terme de croissance et d'apparition d'éléments sexués. Or, les adultes ont oublié ces difficultés bouleversantes d'être confrontés à ce changement du corps, justement parce qu'ils sont sortis de ce processus et qu'ils ont refoulé les souffrances et peurs qui y sont liées.
L'adolescent ne reconnaît plus son corps. Sa motricité va être profondément transformée et il va devenir extrêmement maladroit quand la croissance est trop rapide et que le processus de maturation psychique n'a pas le temps de suivre celui de la maturation physiologique.
L'âge de la puberté a baissé à 12-13 ans mais celui des premiers rapports sexuels n'a pas varié, 17 ans. Il est nécessaire d'expliquer ces changements beaucoup plus tôt, dès l'école primaire, pour rassurer. En même temps, il s'agit d'adapter ces explications et échanges en fonction de l'âge de l'enfant pour ne pas risquer de passer à côté de la prévention (constatation faite après étude des écoutes du Fil Santé Jeunes) ou de pousser à la sexualité au mépris de la maturité du jeune.
La puberté indique à l'adolescent qu'il devra quitter sa famille pour aller vivre sa propre vie, en fait qu'il devra trouver sa propre place sociale et construire sa propre identité personnelle, qui ne se réduit pas seulement à la question du genre ou à celle de la sexualité. Néanmoins, il devra quand même se reconnaître une orientation sexuelle qui peut se révéler être une épreuve angoissante.
Ainsi, pour devenir adulte, il doit revivre une seconde période narcissique, angoissante et néanmoins constructrice, d'individuation-séparation, la première ayant eu lieu entre 0 et 3 ans. L'angoisse de séparation est l'angoisse existentielle originelle : c'est dire comme l'épreuve n'est pas mince.
C'est l'écho historique narcissique. L'adolescent se retrouve dans un entre-deux corporel, générationnel, psychique qui le fragilise énormément dans ses modes de pensée, d'agir, d'aimer, d'être... cf F. Dolto, le complexe du homard et de la langouste. Afin de pouvoir se développer, les crustacés qui ont une carapace rigide, une véritable armure contre le monde extérieur, ont à la faire tomber. A ce moment-là seulement, le crustacé peut grandir. Mais cela le vulnérabilise aussi par rapport aux autres, aux prédateurs alentour.
C'est une métaphore pour illustrer ce qu'est le passage de l'adolescence : une période de grande fragilité où l'adolescent doit poser sa carapace, sa peau d'enfant pour trouver les parures de son identité adulte. Et pour cela, l'adolescent effectue des va-et-vient incessants entre les deux identités.
Il renvoie ses parents à ce passage-là aussi. Il est souvent dit que l'adolescent a du mal à quitter sa famille mais parfois c'est le contraire. L'histoire est double. Les parents y sont étroitement mêlés.
L'adolescent a dès lors besoin d'un groupe de pairs, ses copains, ancre affective indispensable à sa quête tumultueuse pour se sauver (cf Le Seigneur des anneaux ou Harry Potter) ; pour sortir du cocon et conquérir sa place dans ce monde si dangereux ; pour partir également en quête d'objets sexuels. Le problème du choix de l'adolescent, de l'entre-deux le renvoie à ses choix existentiels, à la remise en cause de ceux de ses proches, à la quête de ceux qu'il entrevoie ou ignore. Entre-deux, espace transitionnel du jeu-je. Le tout ou rien. Mais aussi le clivage entre bon et mauvais...
Qui suis-je ? Qu'est-ce que je ressens ? Qu'est-ce que je pense ? Où et quand dois-je être ? Qui vais-je devenir ? ...
Avec le bouleversement hormonal et physiologique, imaginons ce à quoi est confronté un adolescent qui voit sur son corps l'apparition d'éléments sexués.
Le désir sexuel, naissant des modifications du corps et des sollicitations hormonales est quelque chose qui s'impose brutalement, auquel l'adolescent est contraint.
L'adolescent, en même temps que le remaniement psychique narcissique, est confronté au remaniement sexuel. C'est le passage au stage génital et une nouvelle élaboration du complexe d'OEdipe. On retrouve l'entre-deux, l'espace transitionnel mais cette fois entre la famille où le sexe est réservé aux parents et les amis avec qui il va s'essayer maladroitement ; souvent aussi, et d'abord, aux premières amours, aux premiers émois et attouchements et plus tardivement aux premiers actes sexuels.
Comment faire avec ce désir sexuel auquel je suis contraint ? Et quelles complications, entre autres, quand on se questionne sur ce choix d'objet sexuel ! Suis-je gay ou lesbienne ? Est-ce une expérience ou est-ce définitif ? Qui j'aime et qu'est-ce que j'aime ? La question de la sexualité va avoir des devenirs divers en fonction de la place qu'elle tient dans l'histoire de l'enfant et dans celle de son environnement.
Une orientation homosexuelle va souvent être plus difficile qu'une autre à assumer parce que moins fréquente et en but à une norme homophobe mais elle peut être aussi vécue comme très positive et permettre un ancrage narcissique solide. Ainsi des enfants ayant connu des difficultés identificatoires précédemment dans leur histoire (séparation parentale, références biculturelles...) et les ayant surmonter, vont être dotés d'une capacité narcissique très utile au moment de l'avènement de leur sexualité. Ils seront mieux armés s'ils font par exemple un choix d'objet sexuel minoritaire.
Qui n'a pas entendu en traversant une cour de récréation, de la maternelle au lycée : sale pédé ! sale pute ou salope ! (rarement sale gouine ! qui pourtant revêt le même sens étymologique mais a pris le sens commun contraire de pas baisée) ? C'est ce que revêt la problématique de l'insulte, qui concerne d'ailleurs toutes formes de phobies que je qualifie de sociales : sexisme, racisme, antisémitisme, haine des handicapés ou des pauvres ou des riches....
L'homophobie ne recouvre pas seulement des violences, insultes, stigmatisations envers un gay ou une lesbienne ; elle peut concerner des hétérosexuels aux comportements proches des stéréotypes et des préjugés homophobes ; elle peut concerner des enfants d'homosexuels. Je trouve à ce propos qu'il y a un décalage criant entre l'homosexualité dite intégrée socialement, visible médiatiquement et ce que vivent au quotidien les victimes d'homophobie ; de même que dans nombre de milieux où une tolérance est affichée à l'égard des homosexuels, l'homophobie réapparaît violemment sur la question du mariage ou surtout de l'homoparentalité.
Couramment on considère des relations homosexuelles épisodiques comme allant de soi et même nécessaires à l'adolescence (le ou la bon ami(e)) comme résurgence de l'homosexualité primaire (comme il y a une hétérosexualité primaire par contre-identification projective), constructive de son identité de genre (par identification projective) mais si le choix d'objet / relation à l'autre devient homosexuel (homosexualité secondaire), là rien ne va plus et l'homophobie apparaît, de la part des autres mais aussi de sa propre part si on est homosexuel( homophobie intériorisée).
L'homophobie questionne aussi les genres, dans les rôles socioculturels des hommes et des femmes, dans le cadre de ce qu'est l'homosexualité primaire, c'est-à-dire de l'identification au parent du même sexe. Le concept d'homosexualité primaire renvoie à celui de la bisexualité psychique élaboré par Freud, auquel il faudrait rajouter celui d'hétérosexualité primaire, processus par lequel une identification au parent du sexe opposé s'opère. Ces jeux d'identification / contre-identification constituent l'identité sexuée à la période pré-oedipienne. Nombre de phobies "sociales" se construisent sur le mode identification / contre-identification. Je me construis contre : je suis un homme parce que je ne supporte pas les femmes et je n'en suis pas une ; je suis hétéro parce que je ne supporte pas les homos et je n'en suis pas un ; je suis un "vrai" Français parce que je ne supporte pas les étrangers et je n'en suis pas un...
L'homophobie est-elle la peur de l'homosexualité de l'autre ou de la sienne ?
Néanmoins, il semblerait que l'homophobie soit en particulier constitutive de la construction identitaire masculine. Cf angoisse d'être un homme. Pour une femme, il semblerait que l'équivalent porte plutôt sur la sexualité et la maternité. J'ai une vraie sexualité avec pénis et aussi sur J'ai des enfants... L'élaboration secondaire, celle du choix d'objet sexuel, constitue l'identité sexuelle. Elle se construit aux périodes génitale et oedipienne dans les mécanismes de désir et d'attirance sexuels et de rivalité avec les personnes du même sexe et celles de sexe opposé.
La bisexualité psychique intervient là aussi dans la constitution pour chaque individu d'une partie féminine et d'une partie masculine ; d'une partie homosexuelle, d'une partie hétérosexuelle.
La question de l'homophobie renvoie à la différenciation sexuelle et nettement à la question des genres alors qu'elle "devrait" renvoyer à la question du choix d'objet et à la question des sexualités... On comprend bien là la complexité et l'intrication des genres et des sexualités.
Les homophobes rejetteraient-ils leur partie féminine pour les hommes et leur partie masculine pour les femmes (question de genre) ou bien leur partie homosexuelle (question de sexualité) ? Qu'en est-il de l'hétérophobie en tant que rejet de sa partie hétérosexuelle ?
Or des différences entre garçons et filles existent. L'homophobie se vit différemment si on est garçon : violence subie, insultes et coups ; ou fille : silence, déni et rejet. Pour un garçon, être un homme, c'est ne pas être un pédé, c'est-à-dire ne pas être féminin. L'homme doit être viril : qu'en est-il des homos virils et machos ? Qu'en est-il des hétéros efféminés ? Le gay est associé à un homme qui se prend pour une femme donc qui doit être traité comme tel (inférieur) et stigmatisé car il dévalorise la virilité et trahit ses pairs. L'équivalent pour la fille n'existe pas de cette manière. La masculinité chez une fille peut être dénoncée mais c'est moins grave : on parle de garçon manqué mais pas de l'inverse Cf hiérarchie sociale des sexes. La lesbienne est moquée parfois par les autres pour son allure masculine mais certaines filles adoptent aussi un look sportif, androgyne, dans les quartiers par exemple, pour être à l'abri des harcèlements et abus des garçons. Elles ne sont pas identifiées pour autant comme lesbiennes mais comme des filles qui sauvent leur peau... Etre une femme c'est ne pas être masculine mais surtout sortir/ coucher avec un homme. La lesbienne est à la fois victime de sexisme et victime d'homophobie. La lesbienne est plutôt associée à une femme bizarre qui n'a pas de sexualité. Plus tard, elle sera stigmatisée par les autres femmes comme n'ayant pas d'enfants. Si par contre, elle fait part de sa sexualité comme d'une réalité, elle se retrouve alors en butte à ses interlocuteurs homophobes.
Qu'en est-il des hétérosexuelles sans enfant ou des lesbiennes avec enfants ?
Parallèlement, les filles s'accommodent facilement de la présence d'un copain gay avec qui elles peuvent parler sans risque de sexualité mais il sera secrètement méprisé (à la mode féminine) en tant que non-homme. Une copine lesbienne peut être appréciée par les garçons avec qui elle peut partager les jeux et les sorties, pour qui le lesbianisme n'existe pas puisque c'est une sexualité sans pénis. Elle sera par contre agressée si elle ne répond pas à leurs avances : c'est une non-femme.
Le problème de l'adolescent homosexuel, c'est qu'il va être rejeté par ses pairs et par sa famille du fait de son orientation sexuelle et qu'il va se retrouver face à lui-même si désespérément seul face aux tumultes de la puberté et de la sexualité naissante. Ce désarroi, cette angoisse, cette panique selon la personnalité va réactiver la dépression première : de manque, d'inadéquation, d'abandon, de trahison. "Je ne suis pas désiré, attendu, adéquat..." c'est la blessure narcissique qui se trouve à l'origine de cette dépression primaire.
La blessure narcissique et cette fragilisation vont conduire à des conduites à risques telles tentatives ou suicide, dépressions caractérisées, psychoses, anorexie et autres conduites addictives dont les toxicomanies, les passages à l'acte violents et autres délinquances.
L'adolescent peut être soumis à des violences extérieures mais il peut vivre aussi des violences internes : difficulté à assumer son orientation sexuelle en cours d'organisation. Il subit de l'homophobie intériorisée. Elle le renvoie à sa blessure narcissique qui n'a pas été bien élaborée. S'ensuit le sentiment de ne pas être adéquat, attendu, désiré. Si je suis rejeté, ce n'est pas de la faute de l'autre mais de la mienne. Il faut que je change, que je rentre dans l'idéal parental et amical. La culpabilité intérieure d'être la cause "légitime" de son propre rejet pousse l'homosexuel à être lui-même homophobe et comme ce paradoxe est insupportable existentiellement parlant, cette forme d'homophobie est déniée et intériorisée.
Ce qui a pour conséquence de nier son homosexualité, même si la personne a des relations homosexuelles (elle vivra alors des actes sexuels comme compulsifs et incontrôlables mais séparés de sa vie affective « hétérosexuelle ») ; de la vivre cachée en se construisant une vie idéale hétérosexuelle (j'ai eu une amie lesbienne qui s'envoyait des cartes postales à son étude notariale de la part de son fiancé fictif) ; de ne vivre aucune sexualité ou à s'obliger à une vie hétérosexuelle (ce qui provoque les décompensations les plus graves)... Ou très fréquemment, par exemple, de se désigner comme garçons et filles au lieu d'hommes et de femmes.
Cette conflictualisation, cette impossible réunification de soi, provoque la distorsion voire l'éclatement. La personne vit un clivage incessant et se perçoit, pour s'en sortir et se réunir comme une victime, un défenseur de la cause homosexuelle ou un paria, en dehors du champ social... Il faut beaucoup de temps pour évacuer ce type d'homophobie.
L'homophobie n'est pas intériorisée au sens autodestructeur du terme chez les hétérosexuels. Elle est manifeste quand la norme est convoquée et inconsciente quand elle s'illustre par exemple dans l'éloge de la différence, par exemple ce que nous avons écouté dans l'argumentaire contre la constitution du PACS.
Cela recouvre la difficulté à élaborer la position dépressive, c'est-à-dire à intégrer les parties destructrices de soi, sans se détruire ni détruire l'objet intériorisé. C'est l'expérience du vide intérieur, de l'accablement, de la tristesse de quitter le cocon familial pour conquérir l'autonomie, de décevoir les parents mais aussi ne pas correspondre aux idéaux des pairs. Qu'arrive-t-il aussi quand les deux espaces de vie (intérieur et extérieur) sont perçus comme hostiles ?
Il existe une dépressivité qui fait partie du développement de l'adolescent par nécessité d'élaborer cette position dépressive (accepter sa destructivité et également les pertes et les deuils à réaliser pour acquérir une étape de maturité), dans le mouvement de quitter le familier familial pour construire un devenir personnel inconnu.
Elle est marquée par un état alors que chez l'adolescent, la dépression devient pathologique quand elle est signée de passages à l'acte : actes dangereux, délinquance, suicides, addictions...
La confrontation à la différenciation sexuelle et aux genres, au désir, aux sexualités et à la relation à l'autre rajoute une difficulté et non des moindres quand l'orientation est homosexuelle. La mésestime de soi est au coeur du processus. C'est le fondement de la pathologie psychique qu'est la dépression. Sur le plan psychique, la dépression est une dépréciation de soi. Le processus adolescent est inducteur de dépressivité, son dépassement se signe par l'élaboration de cette position dépressive. Mais l'orientation homosexuelle ajoute un risque supplémentaire de dépression.
Pour l'adolescent, la dépression se caractérise par un trouble de la fonction mentale et rejoint cette difficulté à nommer et à symboliser dont on a parlé cf échecs scolaires passagers. Les autres risques sont les mises en acte ou en corps : addictions, délinquances, toxicomanies, mises en danger... On peut considérer ces prises de risques comme des masques de la dépression, des boucliers maniaques parfois.
Cette dépression prend la forme d'un repli sur soi et d'un abandon de la relation mais aussi celle de l'agressivité et de l'irritabilité. Chez l'adolescent les dépressions hostiles sont plus fréquentes que les dépressions de repli.
C'est une des difficultés les plus marquées à laquelle l'adolescent est confronté et ses parents avec lui. Il est classique de considérer le suicide comme risque de la dépression mais ce n'est pas toujours le cas. On peut plutôt l'envisager comme un jeu, un défi à la mort.
Chez les adultes de type mélancolique, pour des dépressions caractérisées voire des PMD, le suicide vient par désir de mort, de destruction. Chez l'adolescent, c'est très rare. Il s'agirait plutôt d'une position inverse : le suicide est agi paradoxalement par désir de vie. Ce sont souvent des conditions d'impasse qui font choisir cette solution. La vie qui lui est proposée ou qu'il croit qu'on lui propose ne lui convient pas. Pour se sortir de ce choix impossible, l'acte suicidaire est une échappatoire.
Dans cette période de choix, il existe une tension entre le désir formulé des parents et celui de l'adolescent. Ne pouvant satisfaire ses parents, il préfère recourir au suicide pour ne pas les décevoir, pour ne pas apporter une désillusion à leurs attentes. Le suicide est un désir de préservation des désirs parentaux. L'adolescent ne veut pas mourir, il veut vivre attaché à l'objet surévalué. D'où l'importance de réintégrer l'approche parentale dans ces problématiques.
Un autre aspect du suicide est aussi parfois celui du seul recours dont dispose l'adolescent pour se réapproprier son corps qui lui échappe en raison de l'émergence brutale et contrainte du sexuel. La seule manière paradoxale de se le réapproprier est de le détruire.
Un troisième aspect peut apparaître celui du déni de la mort : par idéal d'éternité (aspect maniaque pour nier la dépression et le refus de la place générationnelle). D'où la nécessité de parler du désir de mort et de la mort avec les adolescents, pour constituer des liens entre les trois espaces psychiques : imaginaire et fantasmatique ; symbolique ; représentant la réalité externe.
Un quatrième aspect est propre aux jeunes homosexuels et proche de la dépression adulte (ce qui a conduit à une analyse réductrice et homophobe : celle de penser qu'elle est inhérente à l'homosexualité) ; c'est celui d'en finir pour ne plus souffrir de manière intolérable de l'homophobie vécue de manière tragiquement traumatisante cf mineurs jetés dehors par leurs parents lors de l'annonce de l'homosexualité... Il n'est pas propre aux jeunes homosexuels mais propres aux victimes de violences, notamment celles-ci sont vécues sous forme de harcèlement physique ou moral cf M.F. Hirigoyen. C'est en cela que le suicide des jeunes homosexuels est inquiétant de par sa proportion mais aussi parce qu'il risque, s'il n'est pas traité, de ne pas être passager mais de se répéter, par permanence des harcèlements, du rejet ou de l'indifférence des adultes face à cette violence subie.
Dans la destinée humaine, il y a autant de potentialités de créativité que de destructivité. Quand tout échappe et qu'il semble ne plus y avoir d'issue, il reste encore une possibilité : celle de détruire et de se détruire.
Pourquoi as-tu agi de telle manière ? Es-tu rejeté et pourquoi ? Es-tu victime d'homophobie ? Comment pourrais-tu répondre à cette homophobie ?
La particularité de l'homophobie, c'est l'isolement que ressentent les jeunes victimes par rapport à leur famille et par rapport à leurs amis. Isolement dû au rejet par rapport à une norme hétérosexuelle monogame idéale (qui n'existe pourtant pas cf familles recomposées) et dû au manque de repères par rapport aux potentialités homosexuelles. D'où l'importance accrue d'avoir un adulte à son écoute pour en parler une première fois. Dire de manière sécurisante Je suis homosexuel à quelqu'un (coming out) est ressenti comme une délivrance. D'où l'importance de pouvoir contacter d'autres homosexuels cf associations (fantasme angoissant fréquent d'être seul homosexuel au monde).
La difficulté propre à l'adolescence est la mise en parole des ressentis particulièrement exubérants ou désespérants cf remaniements hormonaux. C'est pour ces raisons que la mise en acte (comme la mise en corps ou la mise en fantasmes) pour dire est fréquente et que l'adulte est là pour mettre des mots et aider l'adolescent à se construire son identité, quels qu'en soient les choix exception posée du danger pour lui ou pour les autres. Cela suppose des adultes tranquilles par rapport à leur sexualité cf A. Braconnier, c'est ce que doit aider à faire cette formation. Le projet soignant pour aider l'adolescent homosexuel à s'assumer est tout d'abord de l'accueillir, de l'écouter puis de lui permettre de se constituer des modèles identificatoires : des lieux, des espaces de rencontre de pairs homos pour acquérir sa propre identité homosexuelle. Le projet est de le rassurer et de l'accompagner comme un mentor cf Le Cercle des poètes disparus, magicien ou bonne fée ; non pour l'inciter à l'exclusion ou un intégrisme communautaire. Il a besoin d'être contenu et étayé par un adulte pour accueillir son homosexualité. Il est à noter un moment important dans la prise de conscience de l'homosexualité : le passage de crise de la sortie de placard ou coming out cf complexe du homard et de la langouste.
On retrouve l'entre-deux si dangereux... Mais l'un des freins internes, du côté des éduquants ou des soignants, est d'être à l'aise par rapport à des échanges sur la sexualité et l'un des freins par rapport à la réalité est le risque d'être accusé d'incitation à la débauche voire de pédophilie.
L'adolescent doit passer du cocon au monde social, comme enfant il a dû passer de la symbiose à la mère à la relation au père ou à l'autre. Il est difficile pour les parents d'accepter chez l'adolescent les passages incessants de l'enfant à l'adulte cf un ado peut demander un câlin et juste après interdire l'accès de sa chambre à ses parents. La capacité des parents à accepter ces incohérences est déterminante.
"Pour que l'enfant fasse exister l'objet (l'autre), il faut qu'il soit déjà là et suffisamment bon" cf Winicott. Cela permet à l'adolescent d'investir cet objet extérieur, cette relation à un autre, inconnu. La difficulté psychique de l'adolescent est là : être entre sa famille et le monde extérieur. Si un problème se pose avec la famille, la sortie de la maison familiale comme du placard va être compromise voire impossible. Cela risque de s'accompagner, en cas de difficultés, soit d'un retrait narcissique (Je rentre à la maison, je me tais et me terre, je me replie sur moi mais alors risque de spirale négative d'auto-dépréciation et risque de dépression et de suicide) soit de relation d'emprise où l'adolescent place tout ce qui est positif sur une personne, un idéal ou un toxique et il en devient dépendant.
A l'adolescence, il y a une fragilité due à l'investissement massif sur l'autre, par besoin identificatoire et par besoin de rencontre, l'objet prend la place de l'idéal du moi. Une partie de l'estime de soi est placée dans l'autre. Il y a sursexualisation de l'objet/ de l'autre au sens libidinal du terme. Mais si l'objet est rejetant ou inaccessible, la dépression s'ensuit aussi. Il y a deux grandes tragédies humaines : la rencontre de l'autre et la mort. Le propre de l'adolescent est de rencontrer l'autre, différent. Mais le rencontrer, c'est risquer que cet objet psychique soit insatisfaisant. Sa difficulté va être de devoir accepter que cet objet soit partiellement satisfaisant et par là imparfait.
Devant le danger du désir, l'adolescent se trouve devant un dilemme : s'attacher ou fuir. Mais qu'en est-il quand l'objet/ l'autre est interdit ou impossible ? Sinon fuir, disparaître, cacher... ?
L'adolescent ne résout ses problèmes qu'en mettant en actes ou en corps, en agissant, en prenant des risques. Paradoxalement, la prise de risques mesurée lui permet la constitution d'une autonomie nécessaire et de sa nouvelle identité. L'aider, c'est l'aider à mettre des paroles sur ce qu'il vit et ressent. C'est permettre la restauration de la dignité et de l'estime de soi en intégrant sa positivité, pour étayer un Moi fragile contre un Surmoi menaçant (l'Interdit et le Tabou). C'est aussi restaurer la notion de relation sexuelle et d'amour au détriment des actes sexuels cf pornographie et tournantes.
La difficulté essentielle de l'adolescent reste alors de nommer ce qui lui arrive et d'attendre que les bouleversements qu'il traverse se calment. « Je ne connais qu'un remède à l'adolescence, c'est le temps" cf Winicott. Et du côté des parents qu'il s'agit aussi de soutenir et d'aider dans leur fréquente maladresse cf refoulement de leur propre adolescence.
Ce que les parents ont de mieux à faire, c'est de survivre ! cf Winicott. Dans le cas particulier d'accompagnement de parents d'homosexuels, on peut être relayé par des associations de parents d'homosexuels.
Le travail psychanalytique est aussi une recherche de survie psychique, une recherche de sens des traumatismes psychiques nécessaires et universels de l'humanité (altérité, différence des sexes et mort) en rapport à ses propres conflits internes, la détresse interne parentale et à la société.
La survie psychique, aussi fondamentale que la survie biologique, amène à des solutions ou aménagements de vie. Si la survie psychique est mise brutalement en péril il y a mise en danger de la survie biologique comme dans les suicides tentés ou accomplis. La survie psychique de la personne doit être la valeur analytique de référence pour accueillir et accompagner l'adolescent en souffrances.
Un travail analytique ne conduit pas l'homosexuel à devenir hétérosexuel pas plus que l'inverse mais à permettre à chacun de dénouer ses conflits et tensions psychiques pour aménager des solutions de vie les plus créatrices possibles.
La problématique en jeu la plus complexe et la plus archaïque est celle du narcissisme, c'est-à-dire la problématique de l'existence de l'autre différent de soi plutôt que celle de la différence des sexes. Au sens des genres, la question de l'homosexualité n'est pas concernée par la différence des sexes. C'est l'homophobie, à l'aune des autres comportements discriminatoires (sexisme et racisme), qui clive les sexes et pose la question de la différence des sexes et des sexualités, qui pose la hiérarchisation des sexes et des sexualités.
La spécificité du travail psychanalytique et plus largement du travail d'accompagnement des jeunes victimes d'homophobie est de permettre au patient d'assumer son identité, en particulier son identité sexuelle. Ce n'est pas toujours facile, notamment pour ceux qui ont pris le contre-pied cf identification à l'agresseur, pour qui l'homosexualité est une défense narcissique Vous ne pouvez pas comprendre, je suis homosexuel ! Et pour qui l'homophobie est un alibi aux avatars du Moi en souffrance et en colère.
L'écoute, l'échange, la confiance, la relation, le relais... autant d'éléments qui vont permettre à l'adolescent de s'appuyer sur vous pour conquérir son autonomie et son identité. L'important est qu'il puisse entrevoir des choix différents de possibles et qu'il se sente accompagné positivement dans la conquête de son identité.
Quels voyages en perspective !
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